9. Mes frères et soeurs

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J'avais appris qu'il était possible de nous présenter aux examens de la 9e année sans faire notre 8e année mais comme notre enseignante ne pouvait prendre cette décision elle-même je suis allée rencontrer l'inspecteur d'école chez-lui à Saint-Hyacinthe et il a accepté que les deux dernières années de notre cours primaire soient condensées.      

Je ne savais trop comment j’orienterais ma vie mais il m'est apparu, je ne sais trop comment, qu'apprendre l'anglais serait un atout. Il y avait des familles anglophones à Granby et tante Alice une sœur de Lucien qui y habitait pouvait me loger le temps de m'organiser. J'ai rapidement trouvé un travail de servante chez des gens qui avaient un chalet au lac Brome. J'y ai passé l'été de mes quatorze ans. À l’automne j’ai pu m’inscrire à l'école commerciale Lussier de Saint-Hyacinthe en échange de menus travaux domestiques à effectuer chez le directeur qui habitait à l'étage - sa femme était enceinte et elle devait garder le lit.

Mon futur époux a aussi fait son année d'école commerciale : c'était un moyen rapide de promotion sociale pour ceux n'avaient pas les moyens financiers de poursuivre des études classiques. Le cours commercial préparait au travail de bureau ce qui était considéré comme un travail de col blanc par opposition aux emplois de cols bleus plus salissants. Ceux-ci étaient par contre parfois mieux payés, particulièrement dans les domaines où les syndicats avaient réussi à s’implanter comme dans le textile. Jean et Paul, les frères de Marcel, travailleront à la Dominion Textile de Drummondville et ils en retireront de très bons salaires.

 


Ma sœur Françoise (photo de gauche) insistait pour continuer ses études au-delà du cours primaire enseigné à Saint-Dominique. En tant qu’élève douée elle sera acceptée gratuitement comme pensionnaire au couvent des sœurs de St-Joseph à St-Hyacinthe. Elle y recevra une médaille pour avoir obtenu les meilleures notes de toute la province. Le couvent de la Présentation-de-Marie de Cowansville l’accueillera ensuite, notre mère ayant fait valoir que sa sœur Berthe était religieuse dans la communauté.
 
Fernande (photo de droite) choisira vers le cours d'infirmière. Les hôpitaux religieux donnaient un cours de trois ans contre un engagement des étudiantes à fournir un certain nombre d'heures de travaux pratiques ; elles étaient de plus logées et nourries.

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Notre plus jeune sœur Louise ira vers le cours de puéricultrice, cours qui était très populaire à l'époque.. Elle est photographiée ici avec nos parents lors de son mariage. Germain (photo de droite) pourra faire son secondaire à Saint-Hyacinthe. Il prendra du galon chez Hydro-Québec Montréal après un début à Labrieville.

Jacques (photo de gauche) étudiera chez les frères du Sacré-Coeur à Granby. L’institution recrutait en accueillant les meilleurs élèves : Jacques choisira tout de même la vie laïque. Il décèdera à l'âge de 44 ans d'une tumeur au cerveau.

André (photo de droite) sera diplômé de l’École technique de Montréal. En 1969 il sera employé par Pageau Morel et ce jusqu’à son décès le 31 août 2007 à l’âge de 63 ans.

Diplôme commercial en poche, j'ai passé l'été de mes 15 ans à Saint-Dominique. Je digérais mal, je n'avais de goût que pour du "lemon curd" : jus de citron sucré épaissi au bain-marie avec des jaunes d'œufs - comme un sabayon, mais en plus consistant.

À l'automne j'ai repris courage. La Banque Canadienne Nationale de Saint-Hyacinthe m'a engagée alors que je n'avais pas encore 16 ans.
 
Je voyageais avec le postier mais comme je devais l'attendre jusqu'à 7 heures du soir, mes parents ont convenu qu'il était préférable que je me loue une chambre à Saint-Hyacinthe. Je gagnais environ 8 $ par semaine ; le repas du midi au restaurant pouvant coûter 25 sous.

Au travail, je faisais beaucoup d'erreurs bien que ma seule tâche était d'établir une liste détaillée de tous les chèques transitant à la succursale et d'en faire l'addition. Monsieur Chagnon, un vieux garçon charmant, devait souvent m'aider.

J'attendais d'avoir les 18 ans requis pour m'inscrire au cours d'infirmière. Entre-temps les hôpitaux ont élevé leurs exigences : ils demandaient onze ans de scolarité. Par contre, ils considéraient ouvrir un poste d'aide infirmière et ils me l'ont offert. On m'a appris à donner des injections intramusculaires et à faire des pansements. Je portais un uniforme beige, j'étais interne et rémunérée.

Les religieuses de St-Hyacinthe m'ont aimablement fourni le programme d'étude des 10e et 11e années et le soutien nécessaire pour que je puisse étudier par moi-même.

Je n'avais que 6 mois pour préparer les examens mais en allant seulement à l'essentiel il était facile d'y arriver. On m'a même donné 100% en anglais : j'avais joué d'audace en
donnant deux traductions dont une aurait été la langue parlée. Les fonctionnaires chargés de faire les évaluations n'en connaissaient probablement pas plus long que moi en anglais.

Le travail à l'hôpital me plaisait bien. Je garde encore le souvenir de certaines patientes dont une dame de Rougemont très courageuse mais qui n'allait pas s'en tirer et une autre qui est décédée tout doucement. Pour moi, j'ai développé de l'eczéma sur les mains : c'était il me semble un signe que la profession ne me convenait pas. Il est important que les études soient ainsi liées au travail : chacun peut voir d'avance de quoi il retourne.


Photo prise en 1982 lors du 25e anniversaire de mariage de Fernande et de Marc. Dans l’ordre : Hermine, André, Gérard Charest, Fernande, Marc Dandurand, Georgette Fafard, Louise, Madeleine Vertefeuille, Germain et Françoise.

 

Photo prise lors de l’anniversaire de mariage d’André et de Georgette :
Pierrette Doucet, épouse de Jacques décédé en 1983, Germain, Madeleine
Vertefeuille, Françoise, André, Georgette Fafard, Gérard Charest et Louise.


Photo prise lors du premier pique-nique des Cordeau au Lac des Castors :

Dans l’ordre autant que possible : Cécile Corriveau, André, Marc Dandurand, Michel, Luce, Gaétan, Fernande, Pierrette, veuve de Jacques, et un copain, Georgette Fafard, Manon, Gérard Charest, Hermine, Luc et Karen, Danielle et Maude, Nicole Blondeau, Marjolaine, fille de Gaétan et Francine.

 

 

 

 

Autre photo prise lors d’un pique-nique des Cordeau au Lac des Castors : Amélie et Isabelle sont derrière André et Jean Alias. En arrière Jacinthe et Luce, François et Sophie, les fils de François, Philippe et Mathieu avec Louise. Jean et Hélène sont complètement à droite.

Rangée assise : Gaétan, Germain, Madeleine, Marc Dandurand, Fernande et Françoise.

En bas Gérard Charest et Francine, un copain de Valérie, Vincent-Daniel et Vanessa.

  Date de mise à jour :  2008-04-07.