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12. Les enfants
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Les trois aînés, Nicole, Robert et
Danielle sont nés rue Sainte-Catherine, coin nord-ouest de la rue Davidson. Nicole était toute délicate. Elle
pesait à peine 5 livres à sa naissance et comme nous n’avions pas
l’habitude de manier les bébés nous la transportions sur un oreiller.
D’après les notes que j’ai prises alors qu’elle était jeune je
l’aurais nourrie au sein jusqu’à l’âge de 8 mois. Je n’ai pas conservé
la mémoire du nombre de mois d’allaitement de chacun des enfants mais il me
semble que je me décourageais assez rapidement.
Nicole est photographiée sur la
galerie arrière de notre logis et dans l’escalier à St-Dominique. Nicole passera beaucoup de temps loin
de nous. Lors de la naissance de Robert le 8 novembre 1952 elle est à
St-Hyacinthe du 26 octobre au 8 décembre. En tant que premier bébé à naître
dans la famille Cordeau, Nicole a bénéficié de beaucoup d'attention de la
part de chacun-chacune mais un mois et demi de séparation c’est long pour une
enfant d’à peine plus d’un an, aussi Nicole nous avait-elle un peu oubliés.
Elle ne nous reconnaîtra qu’après un bon dix minutes d’hésitation mais
elle nous comblera ensuite de caresses et de becs. De retour à Montréal, elle fera
dire des bonjours à son petit frère en lui agitant la main. Elle est bien
contente d’elle quand elle réussit par ses finesses à nous faire rire. Pour
l’amuser nous la promenons assise sur un petit tapis que nous traînons.
Photo de Nicole dans les bras de
Jacques sur la galerie à Saint-Dominique. Dans l’ordre habituel :
Lucien, Françoise, Blanche, André, le curé Gaudet, Louise, Jacques, Hermine
et Nicole. Nicole n’était revenue de
Saint-Dominique que depuis 3 mois qu’elle repart pour un mois à
Drummondville. Elle s’amuse bien paraît-il avec son cousin Michel, le fils de
Jeanne, qui se trouve lui-aussi être le premier né dans la famille Beauchemin. 20 mois : Marcel joue à la cachette
avec Nicole. Elle est bien polie et elle remercie souvent sans qu’on ait à
lui demander de le faire. Elle demande des bonbons à monsieur
Gratton, un chambreur que nous avons eu quelque temps pour nous aider à
arrondir nos fins de mois. Nous avions assez d'espace et beaucoup de gens
louaient ainsi une de leurs chambres.
2 ½ ans : En rentrant de Sorel
Nicole voit le carrosse et dit : c’est Dany ! Elle embrasse son petit frère
Robert et elle part jouer avec sa bicyclette sans faire cas de ses parents cette
fois-ci. Nicole est folle de sa sœur. Elle la
découvre, la recouvre, lui donne sa suce, essaye de la changer de couche, lui
joue dans les cheveux et l’embrasse. Pour bien apprendre son rôle de mère
Nicole répète après moi tout ce que je dis à sa sœur. Je calcule que Nicole a alors vécu 6 mois et 5 semaines
loin de nous. Elle était invitée tant chez les grands-parents que chez Gracia
et elle semblait toujours contente de partir. Pour ma part il me semblait
qu’on la chouchoutait mieux que je pouvais le faire. J'étais déjà dépressive
lors de mon mariage et mon état ne s’améliorait pas. À une autre occasion Nicole et Robert s’amuseront à
arrêter la circulation sur la rue Resther, une rue très passante. Une nuit qu’elle avait exceptionnellement mouillé son
lit elle me dit qu’elle a dû transpirer. Un jour que nous avions pris le train pour nous rendre à
Saint-Hyacinthe, un passager anglophone demande à Nicole : "Where are you
going ?" Elle répond : "à Saint-Hyacinthe". Le passager
pose la même question à Robert et Nicole s'interpose et répond : "Oh !
Il ne parle pas anglais lui". Marcel leur fait de la magie avec une petite balle qu’il
fait disparaître pour la faire ressortir des oreilles des enfants. Nous faisons des pique-niques au Jardin Botanique avec des
sandwiches aux tomates et un gros KIK orange.
Nicole a souvent des maux
d’oreilles. Marcel la soulage en lui versant de l’huile tiède dans les
oreilles. Elle manquera alors 1 mois de classe mais elle terminera tout de même
l’année avec 73%. Nous allons quelques fois à la
plage, soit à celle de Plattsburgh ou à celle d’Oka. Un jour des sangsues y
ont collé aux jambes des enfants. Nicole raffole tout de même de l’eau, elle
est toujours la dernière à en sortir. Elle peut heureusement aller se baigner
seule au parc Laurier. 8 ans : Nicole brode des mouchoirs
qu’elle a reçus en cadeau. Elle m’aide beaucoup. Elle baigne quelques fois
ses frères et elle nettoie la salle de bain. Nous avons pris l’habitude de
pique-niquer au bord de la route avant d’arriver à Drummondville. Comme nous
arrêtons toujours au même endroit nous décidons que c’est notre coin de
campagne. Les filles reçoivent en cadeau la
bicyclette de Gisèle, un modèle pour fille ; les garçons avaient déjà
une bicyclette de garçon. Achat du duplex du 4693 Resther :
10 000 $ Mon amie Rose s'était fait financer
un duplex par la Caisse Populaire où elle travaillait, j’ai donc incité
Marcel à faire la même demande. Mes parents me devaient 2 000 $, une somme que
je leur avais prêtée avant mon mariage pour qu'ils achètent leur maison, ils
pouvaient donc en me remboursant nous aider à acheter la nôtre. Nous devions fournir un acompte de 2
000 $ mais la Caisse Populaire a finalement prêté tout le capital et mes 2 000
$ ont plutôt servi à acheter l’auto usagé du coureur automobile Cabana, le
beau-frère de Roger Adam. Ce dernier avait un garage à Montréal à ce
moment-là. Marcel y passait ses samedis et à leurs contacts il a développé
le goût de la conduite agressive sur la route. Même si Marcel était bon chauffeur
nos promenades me sont devenues inconfortables et j’éviterai de plus en plus
de sortir en auto. Le seul accident automobile que Marcel ait eu est survenu
alors qu’il s’était endormi au volant à la sortie d’une réunion
apparemment assez arrosée. Marcel a toujours aimé consommer de l’alcool : la
caisse de bière a fait partie de notre première commande d’épicerie et elle
a été renouvelée régulièrement. L’alcool est pour lui une façon de se détendre
en fin de journée. Nicole subira de graves blessures
alors qu’elle cuisait des œufs à la coque qui ont explosés. Suivant
l’exemple de sa mère au même âge elle travaillait dans une maison privée
durant ses vacances scolaires : ses études ont été interrompues. Les CEGEP
n’existaient pas encore. Robert sera le premier à en profiter après un séjour
qu’il a fait dans l’armée où les études étaient gratuites. Il
s’inscrira en informatique au CEGEP Maisonneuve et ses frères feront de même.
(J’avais incité Marcel a suivre des cours du soir à l’Institut Teccart au
début de notre mariage ; il m’avait semblé que c’était un champ
d’avenir.) __________ Robert naît le 8 novembre 1952 à 11
heures 51 minutes du matin. Il pesait 7 livres 15 onces. Nicole avait 14 mois.
À gauche Robert seul, et à droite
avec Nicole qui conduit sa bicyclette dans notre taudis de la rue
Sainte-Catherine – nous n’avions pas refait la peinture des murs, ce qui est
visible sur la photo. De même que le prélart qui est tout usé ! Dans le
coin droit de la photo, la cuisinière sur laquelle Danielle se brûlera une
main. (La peinture ne se faisait alors qu’au pinceau et à l’huile - voir
plus loin.) ---- Extraits des notes que j'ai
prises durant l'enfance de Robert : Les enfants étaient alors nourris au
lait de vache et le service social nous disait de le couper d’eau et de ne
donner aucune nourriture solide avant 3 mois. Je n’osais pas passer outre à
ces recommandations car j’avais été témoin des convulsions dont mon frère
Germain avait souffert. Le médecin avait alors dit qu’elles étaient dues à
du lait trop riche. Robert a pleuré de faim. Peut-être
a-t-il aujourd’hui besoin de sécurité pour être assuré de ne jamais plus
souffrir de privation. Nicole était plus petite à sa naissance, elle avait
donc eu moins de besoin et je l’avais peut-être nourrie plus longtemps. Comme
je n’avais pas confiance en mon lait j’abandonnerai l’allaitement de plus
en plus tôt pour les naissances suivantes. Le service
social ne nous encourageait d’ailleurs pas à allaiter. 21 mois : Robert aime jouer à la cachette avec Nicole.
Quand je rentre de l’extérieur il me dit "coucou". Pour s’amuser
il cache une croûte de pain entre ses jambes et il nous demande "où la
croûte ?" Il adore son père
et l’auto. Lorsqu’on ne lui répond pas immédiatement il insiste en
ajoutant "s.v.p." ou "je t’ai dit !".
Robert dans les bras de grand-père
Cordeau, rue Sainte-Catherine. Nicole était à Drummondville. Viennent ensuite
de gauche à droite : Grand-mère, Germain, Hermine, Jean,
le chauffeur de taxi qui conduisait mes parents depuis Saint-Dominique, André,
Gracia, Louise et Fernande. 2 ans 6 mois : Robert interpelle son
père qui ne lui répondait pas assez vite à son goût : "eh papa !
regarde-moi ici en bas». Il vient parfois nous rejoindre au lit durant la nuit.
Toujours de bonne humeur, il chante : "Quand on part pour les
chantiers" - voir la section Chansons. Marcel l’amène chez le cireur de
souliers pour recevoir son premier "shoe shine". Un jour il allume le
petit poêle électrique et il y place un panier de bois plein de papier froissé
: Nicole m'alerte à temps. J'ai de la difficulté à lui faire
perdre l'habitude de venir se coucher avec nous. D’après lui si je ferme les
rideaux c’est pour empêcher la noirceur d’entrer. Marcel réussit sa
dilatation.
À l’été Marcel et Jacques l’amèneront
à la pêche. Il passera ensuite une partie de ses vacances à Saint-Dominique.
Il y jette un jour dans les toilettes la crème qui surnage sur le lait : il ne
connaissait que le lait homogénéisé. __________ J’avais beaucoup angoissé durant
ma grossesse car l’accouchement de Robert avait été long du fait qu’il se
présentait par le siège ; il paraît que j’avais failli y rester. Une
cousine par alliance de Marcel, la mère du golfeur Talbot, m’a ensuite
recommandé son médecin. Il provoquait les accouchements, c’était rapide. Danielle s’est donc vue expulsée
avant son heure. J’ai accouché cette fois à l’hôpital de l’Immaculée-Conception,
rue Papineau. Tous les garçons sont nés à l’ancien hôpital de la Miséricorde,
rue Saint-Hubert coin René-Lévesque - j’y avais un bon médecin.
14 mois : Danielle entend
japper un chien et elle lui crie : "shut up !" Son bilinguisme est
encore plus précoce que celui de sa sœur - voir les notes de Nicole à 4 ½
ans. Si j’ai noté l’expression c’est qu’elle n’était pas habituelle
à la maison.
Danielle s’occupe beaucoup de ses
frères. Elle avait incité Marc-André à marcher en lui disant de faire le
grand garçon. Elle fera de même avec Pierre : c’est aussi elle qui a réussi
la première à le faire tenir debout seul. 4 ans : Elle m’aide en faisant
son lit, et elle le fait bien. Un jour qu’elle était allée se baigner au
parc Laurier avec Nicole et Robert elle reviendra à la maison avec une amie.
Nicole et Robert l’avaient cherchée en vain et ils sont rentrés en pleurs à
la maison.
Marcel amène les trois aînés patiner : Dany patine bien ; elle ne
renverse pas ses patins. Elle fait ses boucles de souliers sans aide et elle écrit
des "i" et des "u" et aussi les chiffres 2 et 4. 5 ans : Nous avons aménagé au 6860
11e Avenue, Rosemont en mai 1959.
Les déménagements se faisaient en mai dans ces années-là plutôt
qu’en juillet comme maintenant. Danielle est bien fière de la
nouvelle chambre qu’elle partage avec sa sœur Nicole. Elle réussit très bien à l’école
: elle obtient même trois fois le bouton d’honneur. ____________ Danielle avait 16 mois, Robert 2 ½
ans et Nicole 3 ¾ ans. Il semble aimer la compagnie car il
sourit aux étrangers. Mon frère Germain épouse Madeleine
Vertefeuille à Saint-Dominique le 30 juin 1956. Après la noce nous profitons
de l’auto de Jean et Gracia pour prendre avec eux une vacance de quelques
jours à Atlantic City. Ma mère gardait les quatre enfants ! Nicole 5 ans,
Robert 4, Danielle 2 ½ et Marc-André 1 an. Jean était venu l’année précédente
nous aider à peinturer l’intérieur de notre nouvelle maison, rue Resther. Il
nous a alors fait connaître le rouleau à peinturer : c’était une
nouveauté je pense. On a beaucoup apprécié. Imaginez ce que c’était que de
peindre des murs au pinceau. C’est sans doute la raison pour laquelle nous
n’avons pas peinturé les murs du logis de la rue Sainte-Catherine, la
peinture était uniquement à l’huile et le nettoyage des rouleaux était une
opération fastidieuse. Comme je lui demandais de prêter ses
jouets aux futurs bébés sur mes genoux. Il touche mes jarretières à travers
ma robe et il m’interroge sur ce qu’il a touché : je lui réponds qu’il a
touché aux oreilles du bébé ( ?). D’après Marc-André les gaz
d’estomac sont des pets dans la gorge. Son père le surnomme son
"paquet de fun".
2 ans : Marc-André sur la galerie
arrière de la rue Resther. Et avec Danielle, Robert et Nicole en mars 1958. À l’été 1957 nous achetons notre
premier téléviseur. J’avais hésité plusieurs années avant d’en décider
l’achat, je craignais que les enfants ne jouent pas assez à l’extérieur. Il manque ici une partie des notes.
Je les avais remises à chacun des enfants et il semble que Nicole et Marc-André
en ait perdu un morceau. Faut dire que j’utilisais des bouts de papier ! 5 ans : Lors de la naissance de Luc,
Marc-André s’informe auprès du médecin pour savoir d’où viennent les bébés.
Il s’adressait directement au spécialiste du sujet, sa mère ne lui avait pas
paru assez fiable avec son histoire d’oreilles – voir plus haut. Il ne veut pas que je punisse Robert
qui venait de lui faire mal : il dit que ce n’était qu’un jeux. Il fait des
commissions pour une voisine ce qui lui rapporte quelques sous.
Marc-André sera scandalisé un jour
que nous visitions le musée des Beaux-Arts de voir des peintures abstraites en
pensant qu’il aurait pu en faire autant.
Dimanche le 14 octobre suivant Marcel débutait ses vacances. C’était l’été
des indiens et il faisait très chaud. De 14 à 16 heures la radio annonçait
qu’il y avait une longue file d’attente au pont Jacques-Cartier vers l’extérieur
de la ville. Nous partons à 18 heures pour Saint-Dominique et nous restons à
coucher dans le but de ramener Germain et Madeleine à Montréal : Germain
devait commencer à travailler à l’Hydro la semaine suivante. Nous regardons le dernier film à la
TV et nous nous couchons vers 2 heures du matin. Je dors environ une heure et la
première contraction me réveille. Nous partons pour Montréal à 4 heures. Je lui ai collé les oreilles avec
des diachylons de la 2e à la 4e semaine ; elles me
semblaient un peu décollées et c’était la chose à faire paraît-il. 2 mois : Dans l’ensemble Pierre est
bien gentil, toujours souriant et ne pleurant que rarement. Assis par terre il aime bien jouer à
la balle avec Marc-André. Pierre adore se balancer dehors dans
la balançoire pour bébé. Je redirai plus loin dans les notes qu’il ne veut
pas rester dans la maison et qu’il demande toujours à aller à l’extérieur.
Pierre à l’été 1957 (9 mois). Pierre 1 an et demi en avril 1958.
Pierre n’hésite pas à se
batailler avec Marc-André et même avec Robert. Il tient à son idée et on ne
l’en détourne pas facilement. Pierre est méfiant au point qu'il ne
trouve pas drôle que l’on s’amuse de ses finesses. Nous devons le cajoler
pour avoir un bec ou une caresse. Pierre s’éloigne de la maison le
12 avril, Marcel le cherche en auto et ce sera la police qui finira par le
retrouver. Il s’éloignera de nouveau la semaine suivante alors que nous étions
à Drummondville. Pierre ne voit pas souvent son père
qui entre tard le soir. Il me demande si je m’en ennuie : il aurait aimé le
voir davantage. J’ai écrit dans ses notes que Pierre était "réfléchi".
Photo de Pierre lors de sa communion.
Il a fréquenté l’école maternelle. C’était une nouveauté pour nous car
elles ne semblaient pas disponibles dans le quartier où nous habitions précédemment. Le bulletin de l’année 61-62 donne
des notes pour la lecture, l’écriture, l’orthographe et la grammaire :
Pierre obtient dans les 90%.
______ J’avais eu une première
contraction à 15 heures. Marcel est alors parti conduire les cinq enfants à
Saint-Dominique et il m’a laissée à l’hôpital en passant. La Ford 49 a été
volée le surlendemain. Marcel a dû prendre un taxi 7 jours plus tard pour
ramener les enfants de Saint-Dominique (15 $). Les frais hospitaliers avaient été
de 107 $. J’avais nourri les plus vieux au
sein pendant un certain temps mais pour Guy et Luc je ne donnerai le sein que
les premiers jours de la naissance - avant la montée du lait. L’infirmière
nous disait que la mère produit pendant cette première période une substance
qui renforcit le système immunitaire de son enfant. 5 mois : Il mange des biscuits
"tout seul" - une expression que ses propres enfants reprendront. 7 mois : Il marche autour de sa
bassinette. Il est toujours souriant.
Guy rue Resther. Toujours bon enfant. Magnifique couvre-plancher en vinyle
dans les teintes blanc, noir et rose. Il gardait son brillant mais s’usait
assez rapidement avec le sable dont la cour était pleine. Le magasin nous l’a
remplacé car il était garanti.
Nous déménageons au 6860 11e Avenue, Rosemont en mai 1959. Téléphone
722-1919. C’est une ancienne maison de chambres. Nous habitons les 8 pièces
du rez-de-chaussée et nous louons 7 chambres à l’étage et 3 chambres au
sous-sol. Avec ce revenu supplémentaire les 10 années suivantes seront des années
de vaches grasses. Un jour que Guy avait fait dans ses
petites culottes, il essuie lui-même le pipi par terre. Il est adroit et
prudent, il brise rarement les choses. Il fait bien attention. Guy tient par ailleurs à son idée
et il insiste pour faire comme les autres. Il refuse de manger s’il n’est
pas assis sur mes genoux : il faut savoir exiger sa part en ce bas monde !
2 ½ ans : Guy se mouille quelques
fois le jour s’il est trop pressé. Il lui est arrivé de faire son pipi en
dehors de sa culotte devant la maison. Il couche avec Pierre dans la chambre no
2 à Rosemont. Robert et Marc-André partagent la chambre
no 3. La police ramène Guy qui s’était
éloigné de la maison : il revient tout content avec des croustilles. (C’est
incroyable ce que les enfants manquaient de surveillance !) Guy aime regarder la TV et il imite
ce qu’il y voit. Il aime l'ordre ; aussi remet-il tout en place après
avoir joué aux quilles. Nous manquons de l’oublier un jour
à Drummondville, heureusement que les becs de grand’mère avaient retardé
notre départ. Guy s’applique à bien parler. Il
parle lentement et il retient les mots nouveaux qu’il entend pour les utiliser
quand l’occasion se présente. Il s’est un jour endormi à l’extérieur
sur le trottoir : il souffrait d’une amygdalite et il devait être fiévreux. Gisèle était en visite chez-nous et
nous sommes allés avec elle à l’hôpital Sainte-Justine pour des
radiographies. Nous étions assez inquiètes. Sur le chemin du retour nous arrêtons
chez Steinberg pour faire quelques achats : Guy se dandinait en poussant le
panier ! Ça nous a rassurées. Guy et Marc-André en cowboys
_________ Luc a dû être hospitalisé dans les
premiers mois suivant sa naissance. Il respirait mal, son teint était pâle et
son nez pincé. Alors que l’hospitalisation était prévue pour le lendemain,
je l’ai gardé toute la nuit dans mes bras craignant de le voir mourir. Comme
il y avait de la picote à la maison, Luc a été hospitalisé à l’hôpital
Pasteur où il a été gardé en isolation : nous ne pouvions pas l’approcher.
Il devait se sentir abandonné, d’autant plus qu’il respirait avec difficulté.
Les médecins ont diagnostiqué des
allergies. Luc a subi une série de tests à l’hôpital de Cartierville et ils
ont prescrit une série d’injections. Toujours disposé à s’exercer dans
différents domaines Marcel s’est chargé de les lui administrer. Moins inquiets de tout, les parents
profitent davantage des derniers-nés : ils ont appris que les enfants
grandissent vite et ils prennent le temps de les écouter. Rien dans la vie ne vaut le plaisir
de voir une intelligence se développer. Le rythme de croissance des enfants est
phénoménal : quand on pense que l’ovule ne met que quelques mois pour former
complètement un être humain.
Jacques viendra habiter
chez-nous à Rosemont et il avait constamment Luc dans les bras. Il le réveillait
en rentrant de son travail. On peut dire que Luc n’a jamais eu l’occasion de
pleurer. Nous étions nombreux pour le distraire. La 11e Avenue à Rosemont
est une rue à circulation rapide et je tremblais chaque fois que j’entendais
une auto freiner brusquement. Un jour, Nicole entre en pleurant. Son frère Luc
âgé de 2 ans venait de se faire frapper par une auto. Il était dans une
voiturette que Robert avait attachée à sa bicyclette, la corde s’est brisée
et la voiturette a pris vers la rue. Une auto a happé la voiturette avec assez
de force pour la briser, une roue de l’auto a même pincé la peau de Luc : il
en porte encore des marques. La police est venue malgré les protestations véhémentes
de Nicole. Marcel conduira Luc à l’hôpital pour des examens. Rien de grave
apparemment.
Dans l’ordre : Nicole, Guy,
Danielle, Luc, Robert, Marc-André et Pierre dont c’était la Communion en
1963. Photo prise dans la cuisine à
Rosemont. Marcel avait fabriqué un banc faisant le coin autour de la table de
la cuisine. Guy et Luc sont debout sur le banc en question. Le rideau en haut à gauche de la
photo rappellera des souvenirs aux enfants. C’était la fenêtre par où ils
sautaient sur le toit du garage. L’image qui me revient lorsque je
me remémore ces années c’est de voir les enfants regroupés autour de Marcel
pour l’entendre chanter des airs du livre de la Bonne Chanson : "Dans le
rang de St-Dominique", "C’est notre grand-père Noé", "La
lettre de René Goupil à sa mère" etc. - voir la section Chansons.
Marcel amenait aussi les enfants au
cinéma en plein air. Ils devaient se rendre en Ontario ou aux États-Unis car
l’Église du Québec ne voyait pas d’un bon œil ces stationnements devant
un écran où les couples avaient trop de liberté. Les livres à l’Index deviendront
peu à peu accessibles dans les bibliothèques – la bibliothécaire nous
recommandait toutefois la prudence. Nicole se chargera de m'approvisionner. Elle
transportait chaque semaine des brassées de livres de la bibliothèque centrale
rue Sherbrooke. Ce fut pour moi une façon de compléter mes études -
philosophie, sociologie, psychologie. Mais il me semble que les idées
auxquelles je tiens me sont venues d'ailleurs. Peut-être ai-je tout simplement
oublié les avoir lues quelque part. Je cuisais toujours du gruau pour le
déjeuner et j’ajoutais des carottes aux pommes de terres pilées pour les
faire accepter (?) par Pierre qui ne les aimait pas. Quant à Marc-André c’était
les crêpes qu’il n’aimait pas.
Photos de Luc. J’ai trouvé la
photo de droite dans les photos de Louise sa marraine. Elle ne se souvient pas
d’où elle lui est venue et c’est la seule copie existante que je sache. La
coupe de cheveux de la photo de gauche est mon œuvre mais pour ce qui est de la
photo de droite personne ne sait rien.
Marcel avec Guy et Pierre. Il pesait
combien ton poisson Pierre ? Date de mise à jour : 2008-04-07 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||