12. Les enfants

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Les trois aînés, Nicole, Robert et Danielle sont nés rue Sainte-Catherine, coin nord-ouest de la rue Davidson.
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NICOLE naît le 12 septembre 1951 à 23,25 heures.

L’accouchement avait été long comme c’est souvent le cas pour une première naissance. D’abord 36 heures de contractions intermittentes à la maison puis 12 heures à l’hôpital. Mon médecin était attaché à un petit centre médical situé au Carré St-Louis. L'établissement n’existe plus et j’ai cherché en vain à identifier l’édifice.

Nicole était toute délicate. Elle pesait à peine 5 livres à sa naissance et comme nous n’avions pas l’habitude de manier les bébés nous la transportions sur un oreiller. D’après les notes que j’ai prises alors qu’elle était jeune je l’aurais nourrie au sein jusqu’à l’âge de 8 mois. Je n’ai pas conservé la mémoire du nombre de mois d’allaitement de chacun des enfants mais il me semble que je me décourageais assez rapidement.

---- Extraits des notes que j'ai prises durant l'enfance de Nicole :

Nicole aime bien qu’on la berce en lui chantant des chansons. Elle préfère "C’est la belle Françoise".

 

Nicole est photographiée sur la galerie arrière de notre logis et dans l’escalier à St-Dominique.

Nicole passera beaucoup de temps loin de nous. Lors de la naissance de Robert le 8 novembre 1952 elle est à St-Hyacinthe du 26 octobre au 8 décembre.

En tant que premier bébé à naître dans la famille Cordeau, Nicole a bénéficié de beaucoup d'attention de la part de chacun-chacune mais un mois et demi de séparation c’est long pour une enfant d’à peine plus d’un an, aussi Nicole nous avait-elle un peu oubliés. Elle ne nous reconnaîtra qu’après un bon dix minutes d’hésitation mais elle nous comblera ensuite de caresses et de becs.

De retour à Montréal, elle fera dire des bonjours à son petit frère en lui agitant la main. Elle est bien contente d’elle quand elle réussit par ses finesses à nous faire rire. Pour l’amuser nous la promenons assise sur un petit tapis que nous traînons. 

 

Photo de Nicole dans les bras de Jacques sur la galerie à Saint-Dominique. Dans l’ordre habituel : Lucien, Françoise, Blanche, André, le curé Gaudet, Louise, Jacques, Hermine et Nicole.

Nicole n’était revenue de Saint-Dominique que depuis 3 mois qu’elle repart pour un mois à Drummondville. Elle s’amuse bien paraît-il avec son cousin Michel, le fils de Jeanne, qui se trouve lui-aussi être le premier né dans la famille Beauchemin.

20 mois : Marcel joue à la cachette avec Nicole. Elle est bien polie et elle remercie souvent sans qu’on ait à lui demander de le faire.

21 mois : Nicole chante There’s a doggie in the window.

Elle demande des bonbons à monsieur Gratton, un chambreur que nous avons eu quelque temps pour nous aider à arrondir nos fins de mois. Nous avions assez d'espace et beaucoup de gens louaient ainsi une de leurs chambres.

 

2 ans : Nicole à Sorel pour un séjour de cinq semaines.

 

Malgré toute l’affection dont Gracia l’entourait, elle s’y est évidemment ennuyée. Elle dira un jour en voyant notre photo qu’il y a de l’eau dans ses yeux.

 

À son retour elle demandera à dormir avec nous pendant quelques jours et elle nous dira : "je l’aime papa, je l’aime maman".

 

Elle retournera tout de même volontiers à Sorel un mois plus tard et ce pour une période de 1 ½ mois et ensuite pour 2 mois lors de la naissance de Danielle le 19 janvier 1954.

2 ½ ans : En rentrant de Sorel Nicole voit le carrosse et dit : c’est Dany ! Elle embrasse son petit frère Robert et elle part jouer avec sa bicyclette sans faire cas de ses parents cette fois-ci.

Nicole est folle de sa sœur. Elle la découvre, la recouvre, lui donne sa suce, essaye de la changer de couche, lui joue dans les cheveux et l’embrasse. Pour bien apprendre son rôle de mère Nicole répète après moi tout ce que je dis à sa sœur.

Je calcule que Nicole a alors vécu 6 mois et 5 semaines loin de nous. Elle était invitée tant chez les grands-parents que chez Gracia et elle semblait toujours contente de partir. Pour ma part il me semblait qu’on la chouchoutait mieux que je pouvais le faire. J'étais déjà dépressive lors de mon mariage et mon état ne s’améliorait pas.

Il manque ici 1 année de notes : une feuille a dû s’égarer.

4 ans : Lors d’un gros orage avec tonnerre je tente de rassurer Nicole en lui disant que ça doit être Jésus qui a échappé ses jouets. Un coup de vent fait tomber 2 boites de conserve de la galerie du logement d’en haut et Nicole s’exclame : "il les a échappé dans ma cour !"

Grosse bêtise un dimanche matin alors que nous étions encore au lit : Nicole et Robert vident le contenu de l’armoire de cuisine dans une rôtissoire : sucre, gruau, farine, cassonade, fécule de maïs et pour terminer, des pommes de terre et de l’eau. Ils piétinent le mélange puis ils courent partout dans la maison. À notre réveil Marcel n’en revient pas de l’étendue du dégât. Il leur tapera les foufounes à tour de rôle et à plusieurs reprises pendant qu’on nettoyait partout.

À une autre occasion Nicole et Robert s’amuseront à arrêter la circulation sur la rue Resther, une rue très passante.

4 ½  ans : Nicole s’habille seule et elle habille et déshabille Danielle.

Une nuit qu’elle avait exceptionnellement mouillé son lit elle me dit qu’elle a dû transpirer.

Un jour que nous avions pris le train pour nous rendre à Saint-Hyacinthe, un passager anglophone demande à Nicole : "Where are you going ?" Elle répond : "à Saint-Hyacinthe". Le passager pose la même question à Robert et Nicole s'interpose et répond : "Oh ! Il ne parle pas anglais lui".

Marcel leur fait de la magie avec une petite balle qu’il fait disparaître pour la faire ressortir des oreilles des enfants.

5 ans : Nicole identifie le gros sel comme du "sucre à patate". Elle m'aide en faisait les lits des enfants et en passant la vadrouille.

Nous faisons des pique-niques au Jardin Botanique avec des sandwiches aux tomates et un gros KIK orange.  

Nicole lors de sa confirmation avec sa marraine Gracia le 24 avril 1958 au 4693 rue Resther.  

À côté de la porte qui donne sur l’arrière de la maison on voit une laveuse électrique - ce dont j’avais grandement besoin. C’était l’un des premiers modèles : sa cuve était en caoutchouc et elle se pressait sur les vêtements pour les essorer.

 

Nicole a souvent des maux d’oreilles. Marcel la soulage en lui versant de l’huile tiède dans les oreilles. Elle manquera alors 1 mois de classe mais elle terminera tout de même l’année avec 73%.

Nous allons quelques fois à la plage, soit à celle de Plattsburgh ou à celle d’Oka. Un jour des sangsues y ont collé aux jambes des enfants. Nicole raffole tout de même de l’eau, elle est toujours la dernière à en sortir. Elle peut heureusement aller se baigner seule au parc Laurier.

8 ans : Nicole brode des mouchoirs qu’elle a reçus en cadeau. Elle m’aide beaucoup. Elle baigne quelques fois ses frères et elle nettoie la salle de bain.

Nous avons pris l’habitude de pique-niquer au bord de la route avant d’arriver à Drummondville. Comme nous arrêtons toujours au même endroit nous décidons que c’est notre coin de campagne.

9 ans : Nicole amène Guy (2 ½ ans) à la piscine presque tous les jours. Elle ira aussi aider chez Madeleine lors de la naissance de Manon.

Les filles reçoivent en cadeau la bicyclette de Gisèle, un modèle pour fille ; les garçons avaient déjà une bicyclette de garçon.

Les trois aînés nous rejoignent à Drummondville en autobus lors du décès de grand-père Beauchemin le 24 juin 1961. Nicole récite très bien le chapelet. Nicole aura 10 ans en septembre, Robert en a 8 ½ et Danielle a eu 7 ans en janvier. Nous avions trouvé une gardienne pour les plus jeunes, c’était la première fois que nous faisions garder les enfants à domicile. Marc-André avait 6 ans, Pierre en avait 5, Guy en avait 3 et Luc avait 1 an.

Achat du duplex du 4693 Resther : 10 000 $

Mon amie Rose s'était fait financer un duplex par la Caisse Populaire où elle travaillait, j’ai donc incité Marcel à faire la même demande. Mes parents me devaient 2 000 $, une somme que je leur avais prêtée avant mon mariage pour qu'ils achètent leur maison, ils pouvaient donc en me remboursant nous aider à acheter la nôtre.

Nous devions fournir un acompte de 2 000 $ mais la Caisse Populaire a finalement prêté tout le capital et mes 2 000 $ ont plutôt servi à acheter l’auto usagé du coureur automobile Cabana, le beau-frère de Roger Adam. Ce dernier avait un garage à Montréal à ce moment-là. Marcel y passait ses samedis et à leurs contacts il a développé le goût de la conduite agressive sur la route.

Même si Marcel était bon chauffeur nos promenades me sont devenues inconfortables et j’éviterai de plus en plus de sortir en auto. Le seul accident automobile que Marcel ait eu est survenu alors qu’il s’était endormi au volant à la sortie d’une réunion apparemment assez arrosée. Marcel a toujours aimé consommer de l’alcool : la caisse de bière a fait partie de notre première commande d’épicerie et elle a été renouvelée régulièrement. L’alcool est pour lui une façon de se détendre en fin de journée.

Nicole subira de graves blessures alors qu’elle cuisait des œufs à la coque qui ont explosés. Suivant l’exemple de sa mère au même âge elle travaillait dans une maison privée durant ses vacances scolaires : ses études ont été interrompues. Les CEGEP n’existaient pas encore. Robert sera le premier à en profiter après un séjour qu’il a fait dans l’armée où les études étaient gratuites. Il s’inscrira en informatique au CEGEP Maisonneuve et ses frères feront de même. (J’avais incité Marcel a suivre des cours du soir à l’Institut Teccart au début de notre mariage ; il m’avait semblé que c’était un champ d’avenir.)

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ROBERT

Robert naît le 8 novembre 1952 à 11 heures 51 minutes du matin. Il pesait 7 livres 15 onces. Nicole avait 14 mois. 

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À gauche Robert seul, et à droite avec Nicole qui conduit sa bicyclette dans notre taudis de la rue Sainte-Catherine – nous n’avions pas refait la peinture des murs, ce qui est visible sur la photo. De même que le prélart qui est tout usé ! Dans le coin droit de la photo, la cuisinière sur laquelle Danielle se brûlera une main. (La peinture ne se faisait alors qu’au pinceau et à l’huile - voir plus loin.)  

---- Extraits des notes que j'ai prises durant l'enfance de Robert :

Les enfants étaient alors nourris au lait de vache et le service social nous disait de le couper d’eau et de ne donner aucune nourriture solide avant 3 mois. Je n’osais pas passer outre à ces recommandations car j’avais été témoin des convulsions dont mon frère Germain avait souffert. Le médecin avait alors dit qu’elles étaient dues à du lait trop riche.

Robert a pleuré de faim. Peut-être a-t-il aujourd’hui besoin de sécurité pour être assuré de ne jamais plus souffrir de privation. Nicole était plus petite à sa naissance, elle avait donc eu moins de besoin et je l’avais peut-être nourrie plus longtemps. Comme je n’avais pas confiance en mon lait j’abandonnerai l’allaitement de plus en plus tôt pour les naissances suivantes. Le service social ne nous encourageait d’ailleurs pas à allaiter.

2 mois : Robert reconnaît sa bouteille et il la saisit avec ses poings. Il est toujours de bonne humeur.

4 mois : Il se tient debout lorsqu’il peut s’agripper à quelque chose. Robert se sort souvent la langue dans le coin de la bouche comme le faisait mon père.

4 ½ mois : Nous pouvons le soulever de terre alors qu’il se tient à nos pouces. Il n’aime pas s’asseoir, il préfère rester debout. (Déjà prêt à l’action !)

6 mois : Robert a toujours les orteils repliés comme un oiseau sur la branche.

7 mois : Il bat la musique avec sa tête quand Marcel chante : "Tell me a story".
Et il ne bronche pas lors de son vaccin.

1 an : Robert nous remet ce qu’il tient dans sa main si nous le lui demandons et il dit souvent merci de lui-même. Il fait volontiers des caresses et il donne des becs.

18 mois : Il voudrait bien accompagner son père en auto quand il le voit partir. Il pleure et il dit alors qu’il a de la peine : "A peine". Il fait un jour pipi sur le balcon avant de notre logis rue Sainte-Catherine alors qu'un homme était sous l’auvent du Montréal Shoes Store en bas.

21 mois : Robert aime jouer à la cachette avec Nicole. Quand je rentre de l’extérieur il me dit "coucou". Pour s’amuser il cache une croûte de pain entre ses jambes et il nous demande "où la croûte ?"  Il adore son père et l’auto. Lorsqu’on ne lui répond pas immédiatement il insiste en ajoutant "s.v.p." ou "je t’ai dit !".

22 mois : Lorsqu’il n’obéissait pas je le rappelais à l’ordre en lui disant : "as-tu compris !" Par la suite dès que j’élèverai la voix il me dira : "compris! compris !"

23 mois : Robert se pâme souvent. Il est très prompt mais bien bouffon. Je note aussi qu’il a beaucoup de mémoire.  L’histoire du loup qui a mangé la chèvre de monsieur Séguin l'a beaucoup impressionné et il en parlera longtemps. Il dit de la laitue que ce sont des fleurs. Mon père disait que c’était de l’herbe et il refusait d’en manger.

Grand-père Cordeau vient chercher Robert le 21 avril 1955 alors que nous nous préparons à déménager rue Resther le 1 mai. Il est bien content de partir pour Saint-Dominique et il a peur que grand-père quitte sans lui. Il lui dit : "assis-toi une minute !" Robert ne reviendra de St-Dominique que le 12 juin, Marc-André étant né le 27 mai. Il pleure pour retourner avec mes parents. Il était déjà allé à Saint-Dominique 1 mois à la naissance de Danielle alors qu’il n’avait que 14 mois.

 

 

Robert dans les bras de grand-père Cordeau, rue Sainte-Catherine. Nicole était à Drummondville. Viennent ensuite de gauche à droite :

Grand-mère, Germain, Hermine, Jean, le chauffeur de taxi qui conduisait mes parents depuis Saint-Dominique, André, Gracia, Louise et Fernande.

2 ans 6 mois : Robert interpelle son père qui ne lui répondait pas assez vite à son goût : "eh papa ! regarde-moi ici en bas». Il vient parfois nous rejoindre au lit durant la nuit. Toujours de bonne humeur, il chante : "Quand on part pour les chantiers" - voir la section Chansons.

Marcel l’amène chez le cireur de souliers pour recevoir son premier "shoe shine". Un jour il allume le petit poêle électrique et il y place un panier de bois plein de papier froissé : Nicole m'alerte à temps.

3 ans 8 mois : Robert aide son père à scier du bois pour refaire les armoires de la cuisine, rue Resther : il force tellement que les pieds lui en lèvent de terre. À deux reprises Robert passe une semaine à Saint-Dominique ; il demande toujours à y retourner. Il y retournera un mois à la naissance de Pierre.

4 ans : Robert est enchanté de la naissance de son frère : il dit à Mme Duncan, notre voisine, qu’il se nomme "Pierrot la roupie". Aucune idée d’où ça lui est venu.

5 ans : Pour son anniversaire en novembre Robert reçoit des "revolvers avec holsters» : il en est bien fier. À Noël il recevra un jeu de briques ; il s’en amusera avec Nicole presque sans arrêt durant 15 jours et c'est ensuite seulement que Danielle, Marc-André et Pierre auront la permission d’y toucher. Il fait seul de petites commissions au magasin.

J'ai de la difficulté à lui faire perdre l'habitude de venir se coucher avec nous. D’après lui si je ferme les rideaux c’est pour empêcher la noirceur d’entrer.  Marcel réussit sa dilatation.

 

Robert à sa première communion avec sa grande sœur Nicole.

 

À l’âge de 6 ans il essaie de prendre un taxi en revenant de l’école alors qu’il pleuvait.

 

Un jour que je l’avais envoyé avec Nicole faire couper les cheveux à Marc-André, il revient les cheveux coupés alors que Marc-André a toujours les cheveux longs.
 

En mai 1959, il a eu bien peur. En revenant de l’école il a vu passer son père avec son avant-dernier voyage de déménagement pour Rosemont. Il a cru avoir été oublié mais il dira plus tard ne pas se souvenir de l’événement.

À l’été Marcel et Jacques l’amèneront à la pêche. Il passera ensuite une partie de ses vacances à Saint-Dominique. Il y jette un jour dans les toilettes la crème qui surnage sur le lait : il ne connaissait que le lait homogénéisé.

Robert sera hospitalisé pour l’appendicite. Mais ce qu’il a vécu de plus pénible a été d’avoir à noyer son chien qui était malade. Il a dû à cette occasion prendre conscience qu’il pouvait se surpasser. Ce qu’il a continué de faire par la suite, donnant toujours son maximum.

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DANIELLE

Danielle naît le 19 janvier 1954 à 3 heures 55 minutes (a. m.). Elle pèse 7 livres 14 onces. Robert a 14 mois et Nicole 28 mois.

J’avais beaucoup angoissé durant ma grossesse car l’accouchement de Robert avait été long du fait qu’il se présentait par le siège ; il paraît que j’avais failli y rester. Une cousine par alliance de Marcel, la mère du golfeur Talbot, m’a ensuite recommandé son médecin. Il provoquait les accouchements, c’était rapide.

Danielle s’est donc vue expulsée avant son heure. J’ai accouché cette fois à l’hôpital de l’Immaculée-Conception, rue Papineau. Tous les garçons sont nés à l’ancien hôpital de la Miséricorde, rue Saint-Hubert coin René-Lévesque - j’y avais un bon médecin.

L’année de la naissance de Danielle fut une année marquante d’après un petit document que j’avais conservé avec ses notes d'enfance : À la suite de l’enquête Caron qui avait dénoncé la corruption qui sévissait chez les policiers de Montréal le maire Drapeau est élu maire et ça va nous coûter cher : le mat olympique n’est pas encore payé. Le théâtre de Quat’Sous ouvre ses portes cette année-là et c’est aussi le début du Carnaval de Québec.

----Extraits des notes sur l’enfance de Danielle :

2 ½ mois : Danielle rit aux éclats de voir Nicole sauter dans les airs. J’ai aussi noté qu’elle rit à 5 mois de voir Robert faire de même. C’était apparemment leur façon d’amuser leur sœur.

  Et j’ajoute que Danielle est toujours de bonne humeur.

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8 mois : Photo de Danielle prise sur la galerie arrière, rue Sainte-Catherine.

 

11 mois : Danielle se brûle la main en prenant appui sur un rond chaud de la cuisinière alors qu’elle est montée dans une petite voiturette qui s’est déplacée : elle aura sa petite main pleine de cloques mais elle trouvera le moyen de continuer à se traîner par terre quand même.

14 mois : Danielle entend japper un chien et elle lui crie : "shut up !" Son bilinguisme est encore plus précoce que celui de sa sœur - voir les notes de Nicole à 4 ½ ans. Si j’ai noté l’expression c’est qu’elle n’était pas habituelle à la maison.

2 ans : Dany fait montre d’une nature décidée en répondant : "C’est non ! C’est non ! et c’est tout !".  Elle passe tout le mois de janvier à Drummondville. Elle y avait déjà passé l ½ mois lors de la naissance de Marc-André alors qu’elle n’avait que l ½ an et elle y sera de nouveau à la naissance de Pierre l'année suivante.

2.6 ans : Elle aime être bien mise et elle fait alors des pirouettes devant le miroir. Les jolies choses dans les catalogues l'intéressent aussi.

 

Photo prise à Drummondville à l’occasion du Jour de l’An.

 

Bébé Pierre est dans les bras de Marcel qui portait des beaux bas à carreaux.

 

Robert est distrait, Danielle au centre de la photo semble s’ennuyer, Marc-André toujours colleur et souriant s’appuie sur moi et Nicole en organdi bleu est très chic.

Danielle s’occupe beaucoup de ses frères. Elle avait incité Marc-André à marcher en lui disant de faire le grand garçon. Elle fera de même avec Pierre : c’est aussi elle qui a réussi la première à le faire tenir debout seul.

4 ans : Elle m’aide en faisant son lit, et elle le fait bien. Un jour qu’elle était allée se baigner au parc Laurier avec Nicole et Robert elle reviendra à la maison avec une amie. Nicole et Robert l’avaient cherchée en vain et ils sont rentrés en pleurs à la maison.

Alors qu'on était allé visiter l’"ouratoire" (l’Oratoire Saint-Joseph) avec sœur Marie-Beatrix, Danielle demande à voir les "ours". Sa grand’mère l’amène à Drummondville pour une semaine ; elle reviendra avec Gisèle qui suivait des cours à Montréal. Danielle aurait bien aimé retourner à Drummondville avec Gisèle.

 

Danielle surveillant ses frères devant le perron du 4693 rue Resther. 

 

Pierre semble inconfortable à l’arrière de la voiturette, Marc-André toujours souriant et Guy en bon garçon.

 

Danielle habille ses jeunes frères pour les amener jouer dehors et elle les amuse quand Nicole et Robert sont à l’école.

 

Elle adore Guy. Elle le transporte partout dans ses bras alors qu’il est presque aussi lourd qu’elle.

Marcel amène les trois aînés patiner : Dany patine bien ; elle ne renverse pas ses patins. Elle fait ses boucles de souliers sans aide et elle écrit des "i" et des "u" et aussi les chiffres 2 et 4.

5 ans : Nous avons aménagé au 6860 11e Avenue, Rosemont en mai 1959.  Les déménagements se faisaient en mai dans ces années-là plutôt qu’en juillet comme maintenant.

Danielle est bien fière de la nouvelle chambre qu’elle partage avec sa sœur Nicole.

6 ans : À l’occasion de Noël, je fais des permanentes-maison aux deux filles. Danielle récite bien le compliment : "Qu’il est petit mon ami". 

Elle réussit très bien à l’école : elle obtient même trois fois le bouton d’honneur.

Danielle se charge de faire l’épicerie. Je la récompense en lui donnant les timbres-prime que le magasin donne. Elle les utilisera pour obtenir un petit service de vaisselle.

7 ans : Danielle est très responsable, je peux lui confier ses frères. On la demande même à garder le bébé chez sa copine Louise Duquette. Danielle en reçoit des sous qu'elle met de côté. Je doublerai ses épargnes pour l’encourager à économiser.

8 ans : Danielle donne le bain à son frère Luc âgé de 2 ans et elle l’entoure de toutes sortes de soins.

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MARC-ANDRÉ

Marc-André naît le 27 mai 1955 à 5 heures et 42 (a. m.). Il pèse 7 livres 9 onces. Nous emménageons au 4693 rue Resther le 1 mai 1955, un duplex payé 10 000 $.  Nous le quitterons en mai 1959 pour le 6860 11e Avenue, Rosemont.

Danielle avait 16 mois, Robert 2 ½ ans et Nicole 3 ¾ ans.

----Extraits des notes sur l’enfance de Marc-André :

4 mois : Marc-André nous sourit continuellement. Il est très sage, il ne pleure jamais sauf une nuit durant quelques minutes. Il ne prend que cinq boires par jour et il ne mange pas encore.

Il semble aimer la compagnie car il sourit aux étrangers.

À l’été 1956, Marcel achète une tonne de sable pour recouvrir entièrement la petite cour et en faire un terrain de jeux pour les enfants.

Mon frère Germain épouse Madeleine Vertefeuille à Saint-Dominique le 30 juin 1956. Après la noce nous profitons de l’auto de Jean et Gracia pour prendre avec eux une vacance de quelques jours à Atlantic City. Ma mère gardait les quatre enfants ! Nicole 5 ans, Robert 4, Danielle 2 ½ et Marc-André 1 an.

Jean était venu l’année précédente nous aider à peinturer l’intérieur de notre nouvelle maison, rue Resther. Il nous a alors fait connaître le rouleau à peinturer : c’était une nouveauté je pense. On a beaucoup apprécié. Imaginez ce que c’était que de peindre des murs au pinceau. C’est sans doute la raison pour laquelle nous n’avons pas peinturé les murs du logis de la rue Sainte-Catherine, la peinture était uniquement à l’huile et le nettoyage des rouleaux était une opération fastidieuse.

16 mois : Marc-André est toujours aussi enjôleur. Il vient souvent se coucher avec nous le matin. Bien affectueux il nous caresse et dit : "je l’aime maman !"

Comme je lui demandais de prêter ses jouets aux futurs bébés sur mes genoux. Il touche mes jarretières à travers ma robe et il m’interroge sur ce qu’il a touché : je lui réponds qu’il a touché aux oreilles du bébé ( ?).

22 mois : Marc-André bégaye un peu. Un jour il s’arrête net et s’exclame : "voyons je parle bien mal". Il évitera ensuite de prononcer des mots comportant des "r" comme "carrosse", il dira plutôt "pousse-pousse". Il dira aussi "camion" plutôt que "truck".

D’après Marc-André les gaz d’estomac sont des pets dans la gorge.

Son père le surnomme son "paquet de fun".

2 ans : Marc-André sur la galerie arrière de la rue Resther. Et avec Danielle, Robert et Nicole en mars 1958.

Je dois accrocher la chaîne de la porte donnant sur le devant de la maison, autrement Marc-André est vite rendu au bout de la rue. 

À l’été 1957 nous achetons notre premier téléviseur. J’avais hésité plusieurs années avant d’en décider l’achat, je craignais que les enfants ne jouent pas assez à l’extérieur.

Il manque ici une partie des notes. Je les avais remises à chacun des enfants et il semble que Nicole et Marc-André en ait perdu un morceau. Faut dire que j’utilisais des bouts de papier !

3 ans : Marc-André n’aime pas voir Danielle partir pour l’école. Il dit que pour sa part il n’y irait jamais.

5 ans : Lors de la naissance de Luc, Marc-André s’informe auprès du médecin pour savoir d’où viennent les bébés. Il s’adressait directement au spécialiste du sujet, sa mère ne lui avait pas paru assez fiable avec son histoire d’oreilles – voir plus haut.

Marc-André me demande un jour si les éclairs sont pointus. Il s'interroge aussi à savoir si le ruisseau à un bouchon.

Il ne veut pas que je punisse Robert qui venait de lui faire mal : il dit que ce n’était qu’un jeux. Il fait des commissions pour une voisine ce qui lui rapporte quelques sous.

 

Photo de communion de Marc-André.

Un jour que Marcel était à refaire la galerie arrière à Rosemont et qu’il en avait enlevé le plancher, Marc-André sort en coup de vent de la maison et tombe directement en bas, une chute de 7 pieds.

Sur cette même galerie je recevrai un dard dans la jambe :

Marc-André s’exerçait sur une cible placée plus bas : il a visé plus haut mais ne se croyait pas assez habile pour m’atteindre.

De nous deux il fut le plus surpris et il s’est fait attraper par son père.

Marc-André sera scandalisé un jour que nous visitions le musée des Beaux-Arts de voir des peintures abstraites en pensant qu’il aurait pu en faire autant.

Photo prise dans l’entrée de notre cour au 6860 de la 11e Avenue à Rosemont. 

Le scooter appartenant à un chambreur.

Robert ne semble pas confortable assis à l’arrière.

Pierre joue au cow-boy.

Marc-André a pris son air de séducteur.

Guy proteste.  

 

(août 1960)

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PIERRE

Pierre est né le 15 octobre 1956 à 8 heures 27. Il pesait 9 livres. Marc-André avait 16 mois, Danielle 3 ans, Robert 4 ans et Nicole 5 ans.

----Extraits des notes sur l’enfance de Pierre :

Il devait naître vers le 30 septembre mais comme mes accouchements retardaient souvent nous partons ce jour-là pour Drummondville où je désirais me faire faire une permanente. Nous sommes revenus par Saint-Dominique pour visiter Robert qui était parti depuis trois semaines profitant de voyager avec mon frère Jacques.

Dimanche le 14 octobre suivant Marcel débutait ses vacances. C’était l’été des indiens et il faisait très chaud. De 14 à 16 heures la radio annonçait qu’il y avait une longue file d’attente au pont Jacques-Cartier vers l’extérieur de la ville. Nous partons à 18 heures pour Saint-Dominique et nous restons à coucher dans le but de ramener Germain et Madeleine à Montréal : Germain devait commencer à travailler à l’Hydro la semaine suivante.

Nous regardons le dernier film à la TV et nous nous couchons vers 2 heures du matin. Je dors environ une heure et la première contraction me réveille. Nous partons pour Montréal à 4 heures.

Marcel a le frisson dans l’auto car il n’est qu’en chemise d’été. Nous arrivons à l'hôpital de la Miséricorde à 5 heures. Pierre naît à 8 heures 27. Le soir même Marcel retourne à Saint-Dominique, il y couche et il ira conduire Nicole et Danielle à Drummondville le lendemain.

Je n’ai nourri Pierre que durant 10 jours. Il passera alors au lait de vache naturelle ce qui était alors la nourriture des bébés : il en fera des selles acides qui lui brûleront les fesses.

Je lui ai collé les oreilles avec des diachylons de la 2e à la 4e semaine ; elles me semblaient un peu décollées et c’était la chose à faire paraît-il.

2 mois : Dans l’ensemble Pierre est bien gentil, toujours souriant et ne pleurant que rarement.

4 mois : Pierre rit quand on lui lave la figure comme si on le chatouillait. Il a une bien belle façon et il est bien sage. La suce d’amusement ne l’intéresse pas : il préfère son anneau de caoutchouc pour aider sa dentition.

5 mois : Pierre saisit facilement ce qu’il désire. Ce qui est à sa portée va sans dire.

7 mois : Il a été en contact avec la coqueluche. Nicole a toussé deux mois et il tousse aussi, ça m’inquiète beaucoup. Durant l’été 1957 tous les enfants ont la rougeole. Pierre n’est heureusement pas très malade.

Assis par terre il aime bien jouer à la balle avec Marc-André.

Pierre adore se balancer dehors dans la balançoire pour bébé. Je redirai plus loin dans les notes qu’il ne veut pas rester dans la maison et qu’il demande toujours à aller à l’extérieur.

 

Pierre à l’été 1957 (9 mois).

1 an : Je veux l’asseoir par terre pour éviter qu’il ne salisse en mangeant seul un cornet de crème glacée mais il insiste pour manger à la table. Il fait des caresses mais il faut les lui demander longtemps.

Pierre 1 an et demi en avril 1958.

 

Comme Guy vient de naître en mars, Pierre couche dans le lit des grands garçons avec Marc-André 3 ans et Robert 6 ans.

 

La porte que l’on voit sur la photo donne accès à leur chambre mais comme il s’agit d’une pièce double les garçons passent par la chambre des filles qui se trouve à l’avant de la maison. Marcel fera plus tard une demi-séparation entre les deux chambres.

 

Pierre n’hésite pas à se batailler avec Marc-André et même avec Robert. Il tient à son idée et on ne l’en détourne pas facilement.

Pierre est méfiant au point qu'il ne trouve pas drôle que l’on s’amuse de ses finesses. Nous devons le cajoler pour avoir un bec ou une caresse.

2 ans : Marcel doit freiner sur la route pour éviter un cycliste et Pierre debout à l'arrière de la voiture est propulsé vers le tableau de bord. Deux de ses dents du bas sont déchaussées. Marcel le conduit à l’hôpital Sainte-Justine puis chez le dentiste qui doit extraire trois dents en haut. Pierre devra attendre ses dents permanentes de nombreuses années ce qui le handicapera considérablement pour manger.

Pierre s’éloigne de la maison le 12 avril, Marcel le cherche en auto et ce sera la police qui finira par le retrouver. Il s’éloignera de nouveau la semaine suivante alors que nous étions à Drummondville.

3 ans : Pierre s’amuse bien avec Marc-André et vice-versa. Ils luttent ensemble.

4 ans : Grosse tempête de neige au Jour de l’an. Pierre n’a pas aimé qu’on prenne le champ en auto, il demande à venir s’asseoir en avant avec moi en attendant la dépanneuse. Il restera nerveux en auto lors des prochains voyages.

Pierre ne voit pas souvent son père qui entre tard le soir. Il me demande si je m’en ennuie : il aurait aimé le voir davantage. J’ai écrit dans ses notes que Pierre était "réfléchi".

 

 

 

Photo de Pierre lors de sa communion. Il a fréquenté l’école maternelle. C’était une nouveauté pour nous car elles ne semblaient pas disponibles dans le quartier où nous habitions précédemment.

Le bulletin de l’année 61-62 donne des notes pour la lecture, l’écriture, l’orthographe et la grammaire : Pierre obtient dans les 90%.

 

À l’âge de 10 ans Pierre se fera renverser par une auto à la sortie de l’école.

 

Il aura une jambe fracturée et il devra porter un spica qui l’immobilisera depuis les aisselles durant 40 jours. Tout un carême !

 

Par bonheur Marcel avait acheté une auto "station wagon" ce qui a permis de le sortir un peu.

 

Marcel le transportait dans ses bras pour qu’il puisse suivre ses frères et sœurs. Surtout pour aller au cinéma en plein air !

Photo de Pierre à l’âge de 11 ans.

 

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GUY

Guy naît le 12 mars 1958 à 17 heures 45. Il pèse 9 livres 3 onces. Pierre a 17 mois, Marc-André a 3 ans, Danielle 4, Robert 6, Nicole 7½.

J’avais eu une première contraction à 15 heures. Marcel est alors parti conduire les cinq enfants à Saint-Dominique et il m’a laissée à l’hôpital en passant. La Ford 49 a été volée le surlendemain. Marcel a dû prendre un taxi 7 jours plus tard pour ramener les enfants de Saint-Dominique (15 $). Les frais hospitaliers avaient été de 107 $.

Ma mère m’a fait présent de couches en papier. C’était encore un modèle expérimental : on insérait le papier dans une enveloppe qui était étanche à l’extérieur et avec un filet à l’intérieur.

J’avais nourri les plus vieux au sein pendant un certain temps mais pour Guy et Luc je ne donnerai le sein que les premiers jours de la naissance - avant la montée du lait. L’infirmière nous disait que la mère produit pendant cette première période une substance qui renforcit le système immunitaire de son enfant.

----Extraits des notes sur l’enfance de Guy :

4 mois : J’élargis les trous de la suce de sa bouteille pour y ajouter directement des céréales.

5 mois : Il mange des biscuits "tout seul" - une expression que ses propres enfants reprendront.

7 mois : Il marche autour de sa bassinette. Il est toujours souriant.

 

 

 

Guy rue Resther. Toujours bon enfant.

Magnifique couvre-plancher en vinyle dans les teintes blanc, noir et rose. Il gardait son brillant mais s’usait assez rapidement avec le sable dont la cour était pleine. Le magasin nous l’a remplacé car il était garanti.  

 

9 mois : Guy fait ses premiers pas le 16 décembre 1958. 

Il marchera le 24 décembre. Un beau cadeau ! 

Il dort beaucoup. S’il s’éveille avant nous il attend patiemment que quelqu’un aille le chercher et ce jusqu'à ce qu'il soit capable de sortir du lit seul.

Nous déménageons au 6860 11e Avenue, Rosemont en mai 1959. Téléphone 722-1919. C’est une ancienne maison de chambres. Nous habitons les 8 pièces du rez-de-chaussée et nous louons 7 chambres à l’étage et 3 chambres au sous-sol. Avec ce revenu supplémentaire les 10 années suivantes seront des années de vaches grasses.

Un jour que Guy avait fait dans ses petites culottes, il essuie lui-même le pipi par terre. Il est adroit et prudent, il brise rarement les choses. Il fait bien attention.

Guy tient par ailleurs à son idée et il insiste pour faire comme les autres. Il refuse de manger s’il n’est pas assis sur mes genoux : il faut savoir exiger sa part en ce bas monde !

2 ½ ans : Guy se mouille quelques fois le jour s’il est trop pressé. Il lui est arrivé de faire son pipi en dehors de sa culotte devant la maison. Il couche avec Pierre dans la chambre no 2 à Rosemont. Robert et Marc-André partagent la chambre no 3.

La police ramène Guy qui s’était éloigné de la maison : il revient tout content avec des croustilles. (C’est incroyable ce que les enfants manquaient de surveillance !)

Guy aime regarder la TV et il imite ce qu’il y voit. Il aime l'ordre ; aussi remet-il tout en place après avoir joué aux quilles.

Nous manquons de l’oublier un jour à Drummondville, heureusement que les becs de grand’mère avaient retardé notre départ.

Guy s’applique à bien parler. Il parle lentement et il retient les mots nouveaux qu’il entend pour les utiliser quand l’occasion se présente. Il s’est un jour endormi à l’extérieur sur le trottoir : il souffrait d’une amygdalite et il devait être fiévreux.

Il est tombé du toit d’un 2e étage en construction. Un échafaudage a un peu amorti sa chute et il s’en est tiré sans dommage apparent. Une ambulance l’a d’abord conduit à l’hôpital Maisonneuve. Marcel s’y est rendu et voyant qu’on ne s’occupait pas de lui, il l’a ramené à la maison et il lui a fait une toilette car le choc lui avait vidé les intestins.

Gisèle était en visite chez-nous et nous sommes allés avec elle à l’hôpital Sainte-Justine pour des radiographies. Nous étions assez inquiètes. Sur le chemin du retour nous arrêtons chez Steinberg pour faire quelques achats : Guy se dandinait en poussant le panier ! Ça nous a rassurées.

Guy et Marc-André en cowboys

 

 

 

Guy aura son terrible accident de moto en 1977.

On a d’abord craint pour sa vie. Rassurés de ce côté, on s’est inquiété qu’il perde une jambe : il l’a conservée bien qu’avec des capacités réduites.

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LUC

Luc est né le 11 février 1960, Guy avait 2 ans, Pierre 3, Marc-André 4½, Danielle 6, Robert 7 et Nicole 8. Nous avions l'habitude des bébés, nous n'avions plus peur de les casser.

Mes grossesses ont toutes été faciles. Je n’ai jamais eu de nausées et les derniers accouchements se sont déroulés normalement. J’étais restée avec une certaine crainte d’accoucher mais j’avais finalement plus de peur que de mal.

Luc a dû être hospitalisé dans les premiers mois suivant sa naissance. Il respirait mal, son teint était pâle et son nez pincé. Alors que l’hospitalisation était prévue pour le lendemain, je l’ai gardé toute la nuit dans mes bras craignant de le voir mourir. Comme il y avait de la picote à la maison, Luc a été hospitalisé à l’hôpital Pasteur où il a été gardé en isolation : nous ne pouvions pas l’approcher. Il devait se sentir abandonné, d’autant plus qu’il respirait avec difficulté.

Les médecins ont diagnostiqué des allergies. Luc a subi une série de tests à l’hôpital de Cartierville et ils ont prescrit une série d’injections. Toujours disposé à s’exercer dans différents domaines Marcel s’est chargé de les lui administrer.

Moins inquiets de tout, les parents profitent davantage des derniers-nés : ils ont appris que les enfants grandissent vite et ils prennent le temps de les écouter.

Rien dans la vie ne vaut le plaisir de voir une intelligence se développer. Le rythme de croissance des enfants est phénoménal : quand on pense que l’ovule ne met que quelques mois pour former complètement un être humain.

Plus le nombre des enfants augmentait plus il me semblait avoir du temps pour moi : je m’organisais de mieux en mieux. À l’aide des livres empruntés à la bibliothèque de Rosemont je me suis intéressée à l’étude des comportements des enfants de façon à mieux comprendre le caractère unique de chacun d'entre eux.

 


Luc 9 mois dans la cour arrière à Rosemont

Luc 10,6 mois avec Jacques et André à Saint-Dominique - Noël 1960.

Jacques viendra habiter chez-nous à Rosemont et il avait constamment Luc dans les bras. Il le réveillait en rentrant de son travail. On peut dire que Luc n’a jamais eu l’occasion de pleurer. Nous étions nombreux pour le distraire.

La 11e Avenue à Rosemont est une rue à circulation rapide et je tremblais chaque fois que j’entendais une auto freiner brusquement. Un jour, Nicole entre en pleurant. Son frère Luc âgé de 2 ans venait de se faire frapper par une auto. Il était dans une voiturette que Robert avait attachée à sa bicyclette, la corde s’est brisée et la voiturette a pris vers la rue. Une auto a happé la voiturette avec assez de force pour la briser, une roue de l’auto a même pincé la peau de Luc : il en porte encore des marques. La police est venue malgré les protestations véhémentes de Nicole. Marcel conduira Luc à l’hôpital pour des examens. Rien de grave apparemment.

 

 

 

Dans l’ordre : Nicole, Guy, Danielle, Luc, Robert, Marc-André et Pierre dont c’était la Communion en 1963.

Photo prise dans la cuisine à Rosemont. Marcel avait fabriqué un banc faisant le coin autour de la table de la cuisine. Guy et Luc sont debout sur le banc en question.

Le rideau en haut à gauche de la photo rappellera des souvenirs aux enfants. C’était la fenêtre par où ils sautaient sur le toit du garage.

L’image qui me revient lorsque je me remémore ces années c’est de voir les enfants regroupés autour de Marcel pour l’entendre chanter des airs du livre de la Bonne Chanson : "Dans le rang de St-Dominique", "C’est notre grand-père Noé", "La lettre de René Goupil à sa mère" etc. - voir la section Chansons. 

Marcel amenait aussi les enfants au cinéma en plein air. Ils devaient se rendre en Ontario ou aux États-Unis car l’Église du Québec ne voyait pas d’un bon œil ces stationnements devant un écran où les couples avaient trop de liberté.

L’Église était alors toute puissante ; le cardinal Léger était aux commandes. Il avait empêché le 16 novembre 1959 la diffusion d’une entrevue de Simone de Beauvoir à Radio-Canada : la révolution tranquille que connaîtra le Québec en 1960 était due. Ce n’est qu’alors que la ville de Montréal a mis en place la première bibliothèque publique, celle de la rue Sherbrooke.

Les livres à l’Index deviendront peu à peu accessibles dans les bibliothèques – la bibliothécaire nous recommandait toutefois la prudence. Nicole se chargera de m'approvisionner. Elle transportait chaque semaine des brassées de livres de la bibliothèque centrale rue Sherbrooke. Ce fut pour moi une façon de compléter mes études - philosophie, sociologie, psychologie. Mais il me semble que les idées auxquelles je tiens me sont venues d'ailleurs. Peut-être ai-je tout simplement oublié les avoir lues quelque part.

Le dimanche matin je jouais un peu aux échecs avec Danielle qui n’allait plus à la messe. Je ne m’intéressais pas vraiment au jeu mais je voulais en donner un aperçu à ceux qui s’y intéressaient. Marcel allait à l’église, plutôt par habitude je pense, et il ramenait des pâtisseries françaises à la maison. Ça me plaisait bien de voir Marcel gâter un peu les enfants car je ne savais pas le faire, n’ayant jamais appris à me gâter moi-même.

Les aînés des enfants deviendront en mesure de surveiller les plus jeunes et je pourrai retrouver mon amie Rose pour un café dans ce qui était notre centre commercial : la rue Saint-Hubert. Les grands centres avec stationnement sont venus plus tard. De toute façon nous ne conduisions pas l’auto ni l'une ni l'autre.

La bonne nutrition n’était pas encore à la mode. Dans mon jeune temps on était même heureux d’avoir assez à manger. Les recherches ont commencé par dénoncer les méfaits du sucre blanc, puis se fut le sel, puis les gras saturés.

Je cuisais toujours du gruau pour le déjeuner et j’ajoutais des carottes aux pommes de terres pilées pour les faire accepter (?) par Pierre qui ne les aimait pas. Quant à Marc-André c’était les crêpes qu’il n’aimait pas.

 

 

Photos de Luc. J’ai trouvé la photo de droite dans les photos de Louise sa marraine. Elle ne se souvient pas d’où elle lui est venue et c’est la seule copie existante que je sache. La coupe de cheveux de la photo de gauche est mon œuvre mais pour ce qui est de la photo de droite personne ne sait rien.

 

 

 

 

Luc (10 ans) et son brochet de 12 livres en 1970.

 

 

 

Marcel avec Guy et Pierre. Il pesait combien ton poisson Pierre ? 

Date de mise à jour : 2008-04-07 .